En mémoire de Stanislas Julien

Cet étudiant est un bien petit buveur

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les enfants de Xiao Vermilion (Wuhan) Centre (photo credit: Hubei China News)

Le consulat français et l’université de Wuhan organisaient le dix neuf mai deux mille dix huit la douzième édition du festival de théâtre de cette capitale du monde moderne.

scène de la performance gagnante (photo credit: Hubei China News)

La relation en serait fastidieuse car le comique ne se raconte pas. Pourtant, rien n’est frivole aux yeux du philosophe : maintes leçons peuvent être tirées de ce qui fut une fête de l’esprit. Bien que je sois éloigné de me croire philosophe en quelques façons, je me suis autorisé ces quelques remarques à propos du traducteur de l’un des textes, dont le nom aura peut être échappé aux spectateurs distraits. Je ne signalerai qu’en passant l’usage immodéré des artifices lumineux, excès affreux et inhumain de la modernité qui nuit toujours à la profondeur du théâtre. Les Anciens firent mieux sans leur secours : on trouve dans leurs ouvrages une élévation morale sublime, simple et qui se dispense bien de ces brillantes technologies.  

profondément dans la pensée sur la scène (photo credit: Hubei China News)

Ainsi de l’admirable Pavillon d’Occident de Wang Shifu, au titre si bien choisi pour ce concours, où la richesse et l’invention de style soutiennent une action longue et complexe. L’une des troupes de ces Jeux wuhanais fit le choix d’un extrait de ce texte dans la traduction de Stanislas Julien, si cher à nos mémoires sinologiques.

acteurs de l’école des langues de l’Université de Wuhan (photo credit: Hubei China News)

Les acteurs ont su rendre avec un ton glaçant et un visage fermé le tragique compassé de cette pièce qui fut la plus classique de toutes celles présentées ce jour là. Ils ont su réaliser dans cette fable l’unité d’action et la vraisemblance au plus haut degré : dans des circonstances différentes, ont eût pu en tirer un drame selon toutes les règles raciniennes. Le « jeune étudiant est un bien petit buveur » du dénouement vaut bien les hélas de Bérénice : c’est le nec plus ultra de la terreur exprimée en peu de mot.

La profondeur des connaissances et l’élégance de l’expression d’un des maîtres de la sinologie font de Stanislas Julien un traducteur sensible aux nuances d’une tragédie où se trouvent aussi toutes les formes de comique. 

Ces hommages à l’artisan d’une écriture si simple et si charmante ne me permettent pas de rentrer dans des considérations trop étendues sur ce que Baudelaire, avec ce choix de mot si piquant qui lui est propre, nommait comique absolu. Il fut donné à voir ce jour là sous toutes ses formes et, à l’exception de la tragédie que j’évoquais qui dû omettre une scène pourtant très vivante de l’original, dans toutes les représentations. Médiatisé, puisqu’il faut utiliser le mot de l’art, avec une grâce ingénue dans l’Incertain destin de Grisabelle Félin, mais aussi exposé brutalement, sous sa forme la plus directe, avec le spectacle final des enfants.

vers la fin de la performance (photo credit: Hubei China News)

Cette adorable mise en scène provoqua parmi le public ce fameux rire de supériorité, si connu et craint du Sage. Encore une fois, que les Anciens étaient avisés de ne jamais mêler les enfants à la vie de la Cité. Cet âge est sans pitié. C’est de l’adulte dont je parle, on pourrait aisément s’y tromper.